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Objet Papier – interview

 

Objet Papier est un label de micro-édition montreuillois qui publie des ouvrages de photographies, montages, mots et expérimentations diverses. Collectif à géométrie variable regroupé autour de Ronan Deshaies et Morgane Bartoli, il propose des cartes blanches graphiques et littéraires en utilisant le médium de l’édition papier tout en s’affranchissant des limites traditionnelles de celui-ci.

 

[Rencontre avec Ronan et Morgane] 

Comment est né Objet Papier?

Ronan : Au départ, il y avait cette envie commune de revenir à nos compétences premières, à savoir pour ma part les industries graphiques et l’imprimerie off-set.

Morgane : Et pour moi il s’agissait de revenir à l’édition. J’ai été graphiste dans une maison d’édition ; du papier pur et dur à l’ancienne !

Ronan : Avant la création d’Objet Papier, je faisais des vidéos, des photomontages, des collages et j’ai eu ce besoin de les regrouper parce que ça me semblait plus cohérent. Du coup, j’ai sorti un fanzine seul avec toute cette matière qui était sensé être un objet unique : Objet Papier n°1 donc. Ce projet m’a permis de fermer un chapitre de ma vie personnelle et peut-être d’en ouvrir un autre. On a gardé le nom Objet Papier pour le label, d’abord parce qu’il est éponyme avec le premier numéro et surtout parce qu’il correspond parfaitement à ce qu’on veut amener : faire dialoguer les supports papier et numérique, se servir du digital pour communiquer autour d’un objet qui peut paraître désuet : un objet papier. En plus, notre génération a cette particularité d’avoir connu l’avènement du numérique.
Le premier numéro a entièrement été fait en papier, les photos et autres images ont été scannées, puis scannées à nouveau. Mon métier actuel m’oblige à être très assidu sur la résolution d’image. Avec Objet Papier, j’ai voulu sortir de ce cadre, envoyer valser tout ça et faire du « sale » !

 

 

Est-ce qu’on peut parler du logo Objet Papier ?

Ronan : À la base, j’ai écrit « Objet Papier » avec le première typo trouvée sur Photoshop parce que mes amis m’ont forcé à créer une page Facebook. C’était un mauvais logo … !

Morgane : Mais c’était parfait, cette typo sérif noir sur blanc ça évoque bien l’édition. Je l’ai imprimée, froissée, prise en photo et j’ai retracé les lettres. Une fois de plus, le papier devient numérique. Sur notre site, il réagit au scroll de la souris, il y en a 6 différents qui défilent tous les 100 pixels. Par la suite, on a fait quelques animations sur notre Instagram.

 

 

À propos du site objetpapier.fr

Anne (CuA) : Je suis allée voir votre site et j’adore son aspect expérimental.

Morgane : Oui, c’est la toute dernière réalisation du label. On l’a sorti en même temps que le fanzine n°4, il était temps qu’il sorte enfin.

Ronan : À l’origine je me demandais vraiment quelle serait l’utilité d’un site pour supporter un label de micro-édition. On communiquait déjà via les réseaux sociaux et surtout on aime l’idée du bouche-à-oreille. Mais la portée du fanzine n°4 était plus importante que les précédents donc il a été nécessaire d’ouvrir notre propre site.

Morgane : Surtout que pour ce numéro-ci on a réalisé une vidéo et il fallait qu’on l’héberge quelque part chez nous.

Morgane : Corentin Moussard et moi qui avons conçu le site. On le considère comme une œuvre à part entière.

Luba (CuA) : Et ça se ressent. On voit aussi à travers ce site que tu viens du print.

Morgane : Les fanzines ont été scannés, photocopiés et scannés à nouveau.

Anne : C’est pour ça qu’il y a ce côté sale, mais beau.

Ronan : Rien que le fait d’y présenter les fanzines eux même scannés c’est cohérent. Pour nous, le scanner, c’est notre animal totem, il représente ce passage du papier au numérique. En plus c’est increvable ! Il est présent sur tous les projets du label. On aimerait même en faire une mascotte, à la manière de Clippy le trombone de Word !

 

Pourquoi imprimer les fanzines en numérique et pas en off-set ?

Ronan : Pour une question d’argent avant tout. On voulait travailler avec un ami qui était dans l’off-set et qui est passé au numérique. Il s’est rendu à l’évidence tout comme nous que c’était complètement inutile d’imprimer 100 exemplaires d’un fanzine en off-set. Puis surtout ça nous permet aussi de ne pas vendre les fanzines trop chers.

Morgane : Chaque numéro finance le suivant. On aimerait imprimer les prochains numéros sur des papiers de meilleure qualité, faire de belles reliures mais tout ça a un coût et donc une incidence sur le prix de vente; on veut avant tout que ça reste accessible.

Ronan : Cette année on fera moins de tirages pour pouvoir se permettre plus de liberté sur le format. Le prochain numéro sera vraiment ludique et questionnera le support.

 

 

On remarque dans l’ensemble qu’il y a toujours cette thématique de l’urbain. Est-ce un fil rouge ou un simple hasard ?

Ronan : Cette thématique ne ressort pas dans le travail de Morgane : sur le n°3, on parle plutôt de la nostalgie du passé. En revanche, c’est bien une thématique sur laquelle j’aime travailler. La vie urbaine me semble tellement peu naturelle…

Luba : On sent qu’au fur et à mesure des numéros, vous prenez de la hauteur et du recul sur le monde dans lequel vous évoluez. Ronan tu as commencé avec un numéro très personnel puis les sujets se sont plus diversifiés.

Ronan : J’avais vraiment besoin de livrer ce premier travail, ça m’a permis de souffler et de passer à autre chose. Une fois que c’était fait il m’a semblé naturel de m’ouvrir.

 

On va parler du dernier numéro. On a l’impression qu’il est collaboratif, non ?

Ronan : Exactement. Pas mal de personnes ont travaillé sur ce numéro. Le n°4 s’appelle « Sinner », il est sorti le 19 octobre 2017 dans une jolie pochette rouge transparente. Pour celui-là on voulait vraiment s’ouvrir au monde. La solution la plus limpide a été de travailler avec Guillaume Rossi qui est un ami de longue date, qui vient aussi de l’industrie graphique. C’est quelqu’un qui a un univers très intéressant et qui faisait des petites collections de mode avec ce souci d’avoir de bonnes impressions et de bons textiles. Aujourd’hui, il travaille dans la vidéo.

 

Ce n°4, c’est une vidéo ou un fanzine ?

Ronan : C’est un diptyque, l’un va avec l’autre et il n’y a pas de sens de lecture défini.

Morgane : Guillaume travaillait sur la vidéo et en parallèle, on l’assistait sur la version papier. Dans cette édition, on retrouve des argentiques qui n’apparaissent pas dans son film.

Ronan : C’est une création en deux temps, qui a deux vies et on aime bien ça. Par le biais de cette vidéo, Guillaume a voulu montrer la Genèse, Adam et Eve donc, mais à sa manière, en se basant sur un morceau de Max Richter avec des extraits de poésies de John Cage. Ça raconte l’histoire d’un Adam privé de son Eve qui est emprisonné dans un monde fluctuant, une prison mouvante. On tente de faire le parallèle entre le thème de l’urbain et la condition humaine à travers une histoire biblique, pour créer une confrontation d’époques, réactualiser les mythes anciens.

 

Objet Papier, un acte de résistance ou une tentative de s’intégrer dans le monde moderne ?

Ronan : C’est très bien résumé et je pense que c’est les deux à la fois. Acte de résistance, oui, on est des jeunes de 25 ans qui manipulent du papier, ce qu’on fait c’est un peu obsolète !

Morgane : Et le moderne oui, clairement. Je viens du print, je ne voulais pas faire de numérique mais il a bien fallu que je m’y mette car on ne peut plus faire uniquement du print. Et c’est très intéressant de faire communiquer les deux.

Ronan : On nous l’a tous dit : « le print c’est mort, mettez-vous au numérique ». On y a été à tâtons et sans réelle envie, alors que l’alliance des deux apporte beaucoup d’inspiration créative.

 

Vous prenez votre temps ou vous travaillez toujours dans l’urgence ?

Morgane : Ça dépend des sorties !

Ronan : Les deux premières parutions sont sorties dans l’urgence. Puis avec Morgane on s’est dit que si on créait un label, il fallait tenir un certain rythme. C’est là qu’on a choisi le format trimestriel. Le prochain devrait donc sortir en février.

 

Qu’est-ce qu’il faut comme talent ou petit truc en plus pour venir toquer à votre porte ?

Morgane : Il faut aimer expérimenter, sortir de l’ordinaire.

Ronan : Il faut que notre démarche autour du papier et du numérique soit perçue. Le sujet évoluera bien-sûr mais ce medium restera. On questionne la forme et le fond puis on les fait dialoguer ensembles.

 

Comment peut-on se procurer vos éditions ?

Morgane : Maintenant qu’on a un site, vous pouvez les acheter en ligne. Mais il y a quelques librairies qui diffusent également certains numéros.