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Colloque Typographie au Campus de la Fonderie de l’Image

La typo, cette discipline passionnante aussi complexe qu’indispensable !

Car oui, en premier lieu c’est tout de même le travail d’artistes à la rigueur sans faille ! On l’oublie trop souvent, mais c’est le métier des typographes, tout aussi important que celui des photographes, des illustrateurs ou des graphistes. Si on l’oublie, c’est peut-être par la masse de typos disponibles sur le web. De plus ou moins bonne qualité d’ailleurs. C’est aussi parcequ’on a pris l’habitude d’utiliser des typos gratuites pour nos projets. Pour le coup, payer une typo originale pour la création d’un support de com, ce n’est pas ce qu’il y a de plus commun. Les budgets étant toujours de plus en plus restreints, quand déjà il est difficile de prévoir un budget image, le budget typo devient presque extraordinaire !

Pourquoi aller payer de la typo quand il en existe tant qui sont libres d’utilisation ? Et d’ailleurs, pourquoi chercher des typos « folkloriques » quand les typos « basiques » fonctionnent très bien ?

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Le colloque Fontes et Caractères dans tous leurs états : la typographie face aux projets graphiques, organisé et animé par Franck Adebiaye (lui même typographe) avec la collaboration des Rencontres de l’Ure et le Campus de la Fonderie de l’Image, a mis un point d’honneur a redonner son importance au choix d’une (bonne) typo, et à revaloriser le travail des typographes grâce à des présentations de projets typographiques et du fonctionnement de différentes fonderies.

« Un projet graphique, c’est semé d’embûches »

Incertitudes, contraintes de temps, d’argent, peur du risque… On se sécurise en utilisant des caractères qu’on a déjà vu mille fois, car on sait qu’ils fonctionnent, sont lisibles. « On aime bien cette typo qu’on a vu là, on veut ça nous aussi. » Et voilà. Du standard, toujours du standard. Ça marche, c’est rassurant. Mais qu’en est-il de l’aspect identitaire ? Dans le cadre d’une charte graphique, le choix d’une typo, c’est déjà un choix sur les valeurs qu’on veut transmettre : simplicité, tradition, élégance, sophistication, naturel… Plus simplement, c’est aussi un moyen de se différencier des autres. Une typo qui a du caractère, c’est identifiant. Quand une marque ou une institution choisit une typo open source comme élément identitaire de sa charte, comment dire qu’il serait quand même dommage qu’une autre marque concurrente choisisse d’utiliser la même, et qu’on ne pourra en aucun cas l’en empêcher, puisqu’elle est libre de toute utilisation… Voilà un des messages forts à faire passer aux commanditaires : certes cela a un prix, mais une typo personnalisée peut devenir parfois même à elle seule l’image d’une marque ou d’un organisme. Et ça, c’est pas neutre…

À ce propos, l’agence Graphéine fait régulièrement état de mises à jour de logos qui perdent leur identité en « normalisant » leurs choix typographiques :

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Vient cette histoire de licences…

Car oui, une typo ce n’est pas toujours donné. En plus, les licences d’utilisation des fonderies ne sont pas toujours adaptées aux projets. (Pourquoi payer une typo plein pot quand on n’aurait besoin que de quelques caractère ?) Lorsqu’on choisit une typo, il faut impérativement définir les différents usages qu’on en fera : sur quels types de supports sera-t-elle utilisée ? Dans quelles langues ? Car on se rend compte que le tarif varie (énormément) en fonction des utilisations. En fait chaque fonderie a ses propres règles en termes de licences : lorsque certaines décident de proposer des licences valables quelque soit leur utilisation, d’autres font payer à l’utilisateur, ou au support.

Voici un petit récapitulatif des différentes fonderies venues présenter leur fonctionnement :

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En plus des problèmes de flexibilité des licences, les problèmes de piratage, de droits d’auteur, de prise en charge du coût des typos et des licences ont été évoqués. Les polices trouvées  sur le web sont souvent des copies de créations originales : aujourd’hui, chacun est capable de créer (techniquement) une fonte utilisable dans les logiciels de création graphique. Mais la création d’un caractère est, au même type que la création d’une image, un œuvre de l’esprit. Par conséquent, d’après le code de la propriété intellectuelle, les copies sont interdites, et comme les images, les typos utilisées sur les documents devraient être créditées… Il y a quelques années, les fontes pour affichage sur écran n’étaient pas forcément imprimables, ce qui pouvait protéger les créateurs de caractères. Aujourd’hui, l’écran étant devenu aussi important que l’imprimé, la différenciation n’a plus vraiment son intérêt. On y gagne en simplicité mais on y perd en protection…

Sur la question de l’achat de la licence, il faut aussi savoir déterminer qui (commanditaire ou prestataire ?) devra payer et à quel moment de l’avancée du projet. Tout est question de négociation… La licence doit dans tous les cas être payée au moment de la diffusion du projet, que ce soit sur le web ou sur un support imprimée.

 

Au final, pas mal de questions, auxquelles on ne pense pas forcément sur le moment, sont ressorties de ce colloque. Cette journée aura au moins permis de prendre conscience des problèmes actuels, autant que des possibilités qui s’offrent aux utilisateurs de caractères et qui pouvaient paraître inaccessibles.