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En attendant un renouveau de la communication politique

Le titre de la conférence proposée par Com et Entreprise – la communication, tutelle des politiques ou tue-t-elle les politiques ? – était aguicheur et il a, dans l’ensemble, tenu ses promesses. Mais il ne pouvait aboutir qu’à un constat alarmant : le rôle prépondérant de la communication sur la politique et les hommes politiques.

Pour s’en convaincre, il suffit d’ouvrir son dictionnaire et d’aller y rechercher une définition du mot «tutelle». Le Larousse nous indique qu’il s’agit d’une protection exercée à l’égard de quelqu’un ou d’un état d’étroite dépendance par rapport à quelqu’un. Dans les deux cas, la conclusion est la même, une absence d’autonomie du politique vis-à-vis de la communication, l’une à effets positifs (protection) et l’autre à effets négatifs, voire dévastateurs (dépendance).

La communication, outil à double tranchant

Aujourd’hui, les hommes politiques disposent d’un panel d’outils leur permettant d’échanger avec les citoyens directement et instantanément. Pas sûr que l’on soit pour autant passé d’une communication descendante à un dialogue, mais le fait est que des media comme Twitter offrent cette possibilité, répondant ainsi à une attente des citoyens : celle de prendre la parole. Encore faut-il savoir les utiliser !

Twitter peut en effet être un formidable instrument au service de l’homme politique, sous réserve qu’il en ait compris l’utilité et le fonctionnement. Luc Besson a ainsi su s’en servir pour casser une image rigide en faisant preuve d’humour, tandis que Nathalie Kosciusco Morizet s’en sert pour mobiliser ses troupes. D’autres s’y sont cassés les dents comme Nadine Morano, qui y a brouillé son image en intervenant sur tous les sujets pour donner ses états d’âme. A tel point, qu’à l’époque, les gens ne savaient plus de quoi elle était ministre !

Cela dit, Twitter ne constitue qu’une infime partie de la sphère médiatique, qui peut certes être un accélérateur, voir un déclencheur de crise (on se souvient du tweet assassin de Valérie Trierweiler), mais qui n’est pas le seul outil à disposition des hommes politiques. La TV, les journaux, la radio ont encore de beaux jours devant eux, notamment dans leurs relations avec le net. Tout est une question d’utilisation, on en revient toujours au même.

Et c’est justement lorsque la crise survient que la communication peut jouer un rôle salvateur ou au contraire précipiter la mort politique. Frédéric Mitterrand (mis en porte-à-faux vis-à-vis de son livre La Mauvaise vie), Jean-François Copé et Hervé Gaymard (dans l’affaire des appartements de fonction) peuvent en témoigner. Les deux premiers ont su construire un discours convaincant et exploiter les médias en leur faveur, alors que le dernier s’est retrouvé piégé et contraint à démissionner de son poste de ministre.

Dans le cas particulier de la crise, le communicant est en première ligne et la relation de confiance qu’il a su tisser (ou non) avec l’homme politique est encore plus importante qu’à l’accoutumée.

Un mélange des genres dérangeant

Chez Comme un arbre ! nous avons l’habitude de dire que la communication n’invente rien. C’est une fonction support, au service d’une stratégie. En matière de communication politique, on a pourtant souvent l’impression que cette évidence a été oubliée. Il en résulte une perte de crédibilité du discours politique et cela contribue au sentiment de défiance des électeurs, quand il ne s’agit pas d’un désintérêt pur et simple.

Il faut dire qu’aux éminences grises, conseils érudits, ont succédé auprès des hommes politiques des conseillers en communication. Une évolution qui concourt à donner l’impression que les hommes politiques ne font plus aujourd’hui «que de la com», que leur discours est sans fondement.

Ils sont enfermés dans le temps médiatique, celui du court terme, en décalage complet avec le temps long des grands projets et de l’économie. Ceux qui étaient de «grands référents», des guides avec une vision de long terme, semblent naviguer à vue. Et les journalistes ne les aident pas à se positionner au dessus de la mêlée. La tendance du «fact checking» qui a l’air de s’essouffler, en est un bon exemple. Le Petit Journal de Canal + en a fait sa marque de fabrique : il s’agit de mettre l’homme politique devant ses contradictions, qui est alors contraint de se justifier.

Les hommes politiques comme la population ne prennent plus le temps de l’analyse. Nous sommes à l’ère du commentaire et du jugement de valeur sur le mode «j’aime / j’aime pas». La politique est devenue un objet de consommation parmi d’autre.

La conférence aurait pu se terminer sur ce constat un brin désabusé, mais s’est heureusement conclue sur une lueur d’espoir pour les intervenants : le retour des meetings politiques en plein air lors des dernières élections présidentielles, perçu comme un retour aux sources de la politique : un art oratoire et un moment de ferveur collective. Avec peut-être, à la clef, la renaissance de la politique et de la communication politique.
La politique a besoin de la communication. Alors militons pour un renouveau de la communication politique, une communication moins sensasionnaliste et plus responsable !

Magali Grange